Les applications de l’IA à la santé sont multiples. Plus qu’un progrès technique, elles racontent un changement d’époque. Celui d’une médecine où le patient devient un sujet de données, un acteur de son soin, un profil modélisable. Quelques exemples.
- L’intelligence artificielle appliquée au diagnostic médical
L’intelligence artificielle bouleverse déjà les pratiques de radiologie et d’anatomo-pathologie. L’OMS estime que d’ici 2030, la moitié des examens d’imagerie pourrait être assistée par des outils intelligents.
Par exemple, à l’hôpital Georges-Pompidou, l’outil MammoScreen développé par Therapixel améliore la détection du cancer du sein, avec un taux de détection augmenté de 20 % dans certains cas.
- Les biomarqueurs en oncologie sont utilisés pour une médecine de précision.
Premier centre français et européen de lutte contre le cancer, sixième meilleur hôpital de cancérologie au monde selon le magazine Newsweek, Gustave-Roussy a démontré que 30 % des patients atteints de cancers avancés peuvent bénéficier de traitements mieux ciblés grâce au séquençage génomique systématique. Des entreprises traduisent cette promesse en solutions opérationnelles : profils moléculaires, tests immunitaires, diagnostics compagnons. Pour sa part, ImCheck Therapeutics développe des anticorps thérapeutiques exploitant des biomarqueurs pour déclencher la réponse immunitaire. Ces innovations modifient la chaîne de soin, du laboratoire au lit du patient, et deviennent de véritables leviers de différenciation pour les start-up biotech.
- La bio-impression 3D pour régénérer les tissus et les organes
Les startups sont très actives dans ce domaine. Les futures applicatins sont nombreuses : impression 4D pour produire de la peau vivante à greffer, bio-imprimer foie ou cartilage à moyen terme, reconstruction nerveuse et vasculaire. Ces tissus biofabriqués permettent aussi de tester des médicaments en conditions réelles sans recours à l’animal, ouvrant la voie à des modèles économiques alternatifs. Le marché mondial de la bio-impression est évalué à 7,3 milliards de dollars d’ici 2030.
- Le jumeau numérique, double virtuel du patient
Le projet européen SimCardioTest, coordonné par l’Inria, veut valider des implants cardiovasculaires en simulant leur impact sur un cœur numérique. ExactCure propose, à l’échelle individuelle, des modèles pharmacologiques simulant l’effet d’un médicament sur un profil patient donné. Ces outils, déjà expérimentés à Nice, réduisent les risques de surdosage, notamment chez les personnes âgées. Ils intéressent aussi l’industrie pharmaceutique pour ajuster ses essais cliniques. Le jumeau numérique devient ainsi une brique stratégique de la médecine de précision, entre simulation, personnalisation et optimisation des traitements.
- Les dispositifs médicaux connectés pour un suivi en temps réel
De Body Scan, balance connectée capable d’effectuer un ECG ou de mesurer la santé nerveuse aux vêtements intelligents intégrés dans les protocoles hospitaliers pour surveiller l’épilepsie ou l’apnée du sommeil, les innovations sont nombreuses. Ces technologies, déjà intégrées dans des programmes comme ETAPES, permettent un suivi domiciliaire des pathologies chroniques. En France, le remboursement des dispositifs connectés depuis 2023 offre un tremplin économique majeur. Reste à garantir la sécurité, la fiabilité et l’interopérabilité de ces outils, pour qu’ils s’inscrivent durablement dans les parcours de soin.
- Les neurotechnologies au service de la rééducation
Clinatec, à Grenoble, a fait sensation avec un exosquelette piloté par la pensée. Neurinnov, spin-off du CNRS, conçoit des implants qui stimulent les nerfs périphériques pour restaurer la motricité. Ces avancées, encore à l’état clinique, préfigurent une nouvelle ère de rééducation assistée. Leurs applications potentielles dépassent les seuls handicaps moteurs : elles concernent aussi Parkinson, Alzheimer ou les douleurs chroniques. Ces technologies attirent déjà l’attention de Medtronic ou Neuralink. Le défi des start-up : passer du prototype à la production à grande échelle, dans un environnement réglementaire complexe.
- La santé mentale augmentée par la technologie
Wefight, avec ses chatbots Vik, accompagne plus de 200 000 patients sur des pathologies chroniques et psychiques. En entreprise, Teale ou Moka.care proposent des parcours numériques d’accompagnement mental. Ces outils hybrides permettent une prévention continue, dans un contexte de pénurie de psychologues et de banalisation des troubles psychiques.
Cancer du sein : des avancées médicales majeures
Suivre l’évolution d’un cancer grâce à une simple prise de sang, c’est aujourd’hui possible grâce à la biopsie liquide. En analysant l’ADN tumoral circulant, cette technique permet de détecter de manière précoce les mutations responsables de la résistance aux traitements.
Par ailleurs, un nouveau traitement contre les formes avancées du cancer su sein Inavolisib (commercialisé sous le nom d’Itovebi) représente une avancée importante dans la lutte contre les formes avancées du cancer du sein, en particulier pour les patientes dont la tumeur présente une mutation du gène PIK3CA. Ce nouveau traitement ciblé, récemment approuvé en Europe, suscite beaucoup d’espoir chez les oncologues et les patientes confrontées à des options limitées.
Administré par voie orale, ce médicament bloque spécifiquement une enzyme qui favorise la croissance des cellules cancéreuses, limitant ainsi leur prolifération tout en épargnant davantage les cellules saines. Son efficacité a été démontrée dans un grand essai clinique, où il a doublé la durée de survie sans progression de la maladie en association avec l’hormonothérapie et un inhibiteur de CDK4/6, atteignant 15 mois contre 7 mois avec le traitement standard. Les principaux effets secondaires incluent une élévation du taux de sucre dans le sang et des troubles cutanés ou digestifs, généralement bien maîtrisés. L’arrivée d’Inavolisib marque une nouvelle étape dans la personnalisation du traitement du cancer du sein avancé. Ce médicament, qui devrait prochainement être disponible en France, permet à une sous-population ciblée de bénéficier d’une solution plus efficace, alors que les alternatives thérapeutiques étaient jusqu’à présent limitées.
Une technique innovante pour réduire les effets secondaires du traitement du sein
La radiothérapie FLASH est une technique innovante qui bouleverse les standards du traitement du cancer du sein grâce à sa capacité à réduire significativement les effets secondaires, tout en garantissant l’efficacité thérapeutique. Elle repose sur l’administration, en quelques centièmes de secondes, d’une dose très élevée de rayons, alors que les protocoles classiques étalent le traitement sur plusieurs minutes et sur de nombreuses séances. Ce principe de rapidité extrême (plusieurs dizaines de grays par seconde) a été développé en laboratoire et fait désormais l’objet d’essais cliniques prometteurs, notamment dans des centres de référence comme l’Institut Curie. Grâce à la technologie FLASH, il est possible d’appliquer la dose nécessaire pour détruire la tumeur sans exposer longuement les tissus sains environnants.
Plusieurs programmes de recherche franco-suisses et essais cliniques validés par l’Institut Curie illustrent les bénéfices de FLASH chez les patientes atteintes de cancer du sein. Non seulement la survie globale et la survie sans rechute sont comparables à celles obtenues avec le protocole standard, mais le confort du traitement est nettement amélioré. Les premières études cliniques confirment une réduction importante des effets secondaires, ce qui permet de raccourcir le parcours de soins et d’améliorer la qualité de vie des patientes, y compris dans les cancers localisés et régionaux du sein.



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